L’AMUF est scandalisée par la méthode de casse du service public hospitalier qui semble s’accélérer. Après dix ans de restrictions budgétaires et de lois pour faire de l’hôpital une entreprise de production de soins et une casse sociale visant à démotiver les médecins hospitaliers publics, nous découvrons que ce sont maintenant les malades qui seraient sanctionnées.
On veut nous imposer aujourd’hui une régulation des passages dans les services d’urgence sur la base de classifications ubuesques, visant à trier les malades selon des critères de gravité médicale, psychiatrique et sociale. Ces classifications ont été dénoncées par l’AMUF depuis des années et désormais aussi par nos amis de Samu-Urgences de France.
Il est proposé aujourd’hui de prendre les malades en otages en culpabilisant leur souffrance, en montrant du doigt des malades qui n’en serait pas ou qui ne le seraient pas assez, afin de réduire les budgets des services d’urgence et des hôpitaux.
Le concept des « patients qui n'ont rien à faire aux urgences » est une agression contre notre civilisation, les droits de l’homme et la médecine. Nous ne savons si un malade présente un problème grave qu’après un examen et tous les malades qui se présentent sont en droit d’attendre une réponse adaptée par le service public de santé.
La violence de cette attaque nous conduit à constater que toutes les fermetures des services la nuit vont faire perdre des chances aux malades. Il ne faudra pas accuser les médecins, les infirmières, les personnels soignants d’être responsable des risques, mais bien les technocrates, parfois médecins, qui veulent diminuer arbitrairement la fréquentation des urgences pour des raisons strictement financières.
Depuis des années nous expliquons qu’il faut une organisation de l’accueil des urgences et récréer du lien avec les structures sanitaires et sociales de ville. La diabolisation et l’accusation des urgentistes et des malades est absolument insupportable. Si aujourd’hui la fréquentation des urgences augmente, c’est bien parce que l’Etat a été dans l’incapacité de réorganiser l’offre de soin sur le territoire.
Par ailleurs l’AMUF affirme que seul le patient est à même de considérer ce qui est urgent pour lui, aux médecins ensuite de le rassurer si ce n’est pas le cas. Combien de fois, nous avons pu constater dans notre exercice quotidien que ce qui est véritablement urgent n’est pas toujours de qui le semble au départ. C’est dans ce sens que nous affirmons solennellement que vouloir limiter l’accès aux urgences est criminel.
L’AMUF exige que le gouvernement cesse ses rodomontades populistes et organise un véritable débat démocratique avec les personnels de santé et la population sur l’avenir de notre système de santé.
Patrick PELLOUX, président AMUF
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Les rencontres de l’AMUF
À La Rochelle, des urgentistes « à bout de souffle »
Le Quotidien du Médecin 28/11/2011
Conditions de travail, engorgement, gestion comptable...: à La Rochelle, les urgentistes de l’AMUF faisaient grise mine. Ils voudraient que la santé soit un enjeu de la présidentielle 2012.
Vingt millions d’appels, plus de 18 millions de passages annuels... « LES URGENCES hospitalières sont à bout de souffle. Comment en est-on arrivé là ? » À la question du Dr Frédéric Pain, médecin urgentiste à Parthenay, nombre de praticiens présents à La Rochelle pour les rencontres de l’Association de médecins urgentistes de France (AMUF) avaient leur réponse : la loi Hôpital, patients, santé et territoire (HPST), promulguée il y a deux ans, est responsable de la plupart des maux hospitaliers.
Invité à débattre, le Dr Claude Pigement, gastroentérologue, et conseiller santé de François Hollande, comprend la grogne des médecins. Pour lui, « l’engorgement des urgences est révélateur des failles du système de santé résultant de la loi Bachelot : on doit y voir les limites de la médecine de proximité telle qu’elle est organisée et les conséquences du renoncement à certains soins de médecine de ville ». Le message est clair : l’augmentation du reste à charge et des franchises en médecine libérale conduit un nombre patients à fréquenter inutilement l’hôpital.
Les médecins voudraient faire de la santé un enjeu de l’élection présidentielle, comme l’était la sécurité en 2007. Le Dr Patrick Pelloux, président de l’AMUF et médecin urgentiste à Paris, est remonté : « La loi Bachelot nous empêche de faire notre métier ! Avec l’introduction de l’administratif au cœur des services d’urgences, les médecins n’ont plus leur mot à dire sur le matériel, ni même sur la pharmacopée. À la place, on nous impose des chefs de pole à l’esprit comptable qui sortent des Ponts et chaussées et non des facultés de médecine ». Que faire ? Pour le Dr Marie-Laure Tissandier, médecin urgentiste à La Rochelle, la profession a sa part de responsabilité : « Par égoïsme et par confort, les libéraux ont déserté les plages de nuit profonde. Nous devons augmenter les gardes la nuit et le jour, valoriser les visites de généralistes et spécialistes à domicile en zone rurale. C’est comme cela que nous réglerons le problème des urgences ». Le Dr Pelloux, lui, se veut incisif : « Le désengorgement des urgences est un faux problème. Ce qu’il faut, c’est réorganiser. Et pour ça, il faut abroger la loi Bachelot. Les candidats doivent être clairs sur ce point », glisse-t-il à l’intention du conseiller santé de François Hollande. Murmure dans la salle. Claude Pigement écoute, note. « Sur la loi HPST, je suis embêté. Il faudra remettre à plat certaines mesures, notamment sur les dépassements et la tarification à l’activité, mais l’abrogation… ». La phrase reste en suspens.
›ANNE BAYLE-INIGUEZ
- AGENDALes RDV de l'AMUF
- RESSOURCESToute la doc.




































