Les raisons de la colère
Depuis plus de 25 ans, l’AMUF a été de tous les combats innovants, modernes et sociaux pour défendre les urgences, dans tous leurs aspects et toutes leurs tâches, ainsi que l’hôpital public.
Jamais, en dix ans, nous n’avons vu une telle débâcle du système de santé et un écroulement, pensé et organisé, des services publics. Nous le disons haut et fort : le service public hospitalier est en danger, et la Sécurité sociale aussi.
Nous alertons sur le laminage long et progressif du statut des praticiens hospitaliers (PH), qui sont en quelque sorte les fonctionnaires médicaux de l’hôpital public. La dégradation du pouvoir d’achat ne peut plus continuer comme ça. Ceci concerne les médecins et aussi l’ensemble des personnels hospitaliers.
Que le gouvernement fige le point d’indice depuis des années et se plaigne d’une manière inique que l’on n’arrive pas à recruter — notamment des infirmières —, tout en étant lui-même à l’origine du manque d’attractivité salariale, relève de la schizophrénie.
Concernant les médecins hospitaliers, selon les différentes études — et nous ne nous cachons pas qu’elles s’appuient aussi sur les analyses réalisées par les différentes IA —, le constat est accablant :
Environ −22 % à −23 % de pouvoir d’achat réel sur les émoluments bruts d’un PH, à ancienneté équivalente, entre 2002 et 2026
En comparant la grille de 2000-2001 (celle de 2002 n’étant pas accessible en ligne) à la grille actuelle : la grille de novembre 2000 fixait l’échelon 4 à 314 590 F et le 13e échelon à 534 941 F, soit environ 47 959 € et 81 551 €. Au 1er mai 2001, le 13e échelon passait à 540 304 F, soit environ 82 369 €. Pour 2026, la grille de juillet 2023 s’applique toujours : 55 607 € au 1er échelon et 112 416 € au 13e échelon. Or, l’inflation cumulée entre 2002 et juin 2026 est d’environ 49 %.
| Situation | Avant (2000-2001) | 2026 | Évolution nominale | Pouvoir d’achat réel |
|---|---|---|---|---|
| Début de grille (ex-échelon 4) | 47 959 € | 55 607 € | +16 % | −22 % |
| ~24 ans d’ancienneté (ex-13e, aujourd’hui 10e) | 82 369 € | 94 558 € | +15 % | −23 % |
| Dernier échelon actuel (13e, 32 ans et +) | 82 369 € | 112 417 € | +36 % | −8 % |
- Équivalence : un PH payé 100 en 2002 devrait toucher environ 149 aujourd’hui pour garder le même pouvoir d’achat. Il touche environ 115.
- Comparabilité des grilles : les deux premières lignes sont les plus fiables. Depuis la réforme du Ségur, les trois premiers échelons ont été supprimés, et trois échelons ont été créés au sommet. L’ancien 13e échelon, atteint en une vingtaine d’années, correspond donc au 10e échelon actuel. Le 13e actuel n’existait pas en 2001, donc la dernière ligne n’est pas comparable à ancienneté égale.
- Recoupement : Avenir Hospitalier estime qu’un PH au 13e échelon a perdu 17 465 € en vingt ans, inflation comprise, ramenés à 5 345 € après l’IESPE (l’indemnité d’exclusivité).
Limites méthodologiques :
- Les montants sont bruts, et les primes, gardes, IESPE et évolutions de cotisations ne sont pas comptés.
- La grille 2000-2001 a été utilisée faute de grille 2002 disponible en ligne. Celle de 2002 étant un peu plus haute, la perte réelle est très légèrement sous-estimée.
- L’IPC est une moyenne qui ne reflète pas forcément le coût de la vie d’un PH.
Sources : Légifrance, arrêté du 14 sept. 2000 · BO Santé, arrêté du 10 mai 2001 · Le Quotidien du Médecin, revalorisation 2023 · CGOS, grille PH · InflationTool, 2002-2026.
Notre constat est donc le suivant :
Pour toutes ces raisons, et pour défendre le service public, l’accès aux soins et le droit des malades à être soignés dignement partout en France, nous appelons l’ensemble de nos adhérents à se mobiliser — car, contrairement à ce que racontent certains journalistes, nous avons toujours des adhérents, même si nous ne bénéficions pas, comme Samu-Urgences de France (SUdF) et la SFMU, des millions d’euros qui sont récoltés lors du congrès du mois de juin… Nous restons actifs, notamment auprès des médecins à diplôme étranger qui sont exploités, mais aussi auprès de l’ensemble des catégories socioprofessionnelles qui sont tous les jours au chevet des malades.

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